apprendre à dire non aux adultes
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Apprendre à dire non : la notion de consentement et le jeune enfant

Vous me direz, euh… mon enfant sait parfaitement dire non. Je l’entends dire ou me dire non toute la journée ! Et pourtant, il y a bien des situations où votre enfant ne saura pas dire non. Dès le plus jeune âge, il est important de leur apprendre à dire non, y compris aux adultes.

A l’époque de la résurgence du mouvement #Metoo, et étant maman d’une petite fille, j’ai voulu en savoir davantage sur la manière d’éduquer les enfants au consentement. 

L’intégrité corporelle et le consentement

L’intégrité corporelle est le droit pour une personne de gérer ce qui arrive à son corps sans influence ou coercition extérieure. L’idée que nos enfants soient victimes d’abus est très difficile à accepter, mais la réalité est que cela se produit trop fréquemment.

De surcroit, c’est un sujet lourd, et il peut être difficile pour les parents de savoir comment et quand aborder ces questions avec leurs enfants. Cependant, la réponse est courte ! Commencez simplement et commencez jeune !

Premièrement, et ce dès la naissance de votre enfant, vous lui parlez de ce que vous faites à son corps.
« Je vais te prendre dans mes bras ». « Je vais changer ta couche ». »Je vais t’essuyer les fesses maintenant ». Ainsi donc, il sait ce que nous faisons et pourquoi nous le lui faisons, afin qu’il puisse commencer à comprendre ce qui arrive à son corps.

Le choix des mots : pourquoi utiliser les « vrais » mots pour parler de son anatomie ?

Deuxièmement, il est très important, lorsque nous parlons à un nourrisson ou à un jeune enfant, d’utiliser la terminologie correcte pour chaque partie de son corps. Cela permet d’éviter la honte de la biologie de base. En effet, en grandissant, l’enfant sera capable de vous dire si quelque chose ne va pas ou si quelqu’un s’est mal comporté avec lui.

Et oui, les organes génitaux sont juste une autre partie du corps, comme votre nez ou votre coude. Mentionnons que l’âge préscolaire est le moment idéal pour apprendre aux enfants les noms anatomiques corrects des parties du corps, y compris les parties intimes. Cette approche aide les enfants à comprendre que ces parties de leur corps sont importantes et non honteuses.


Ainsi, en connaissant les noms anatomiques des parties de leur corps, ils sont plus susceptibles de s’exprimer et de dire « non » si quelque chose arrive à leur corps qu’ils n’aiment pas. A l’inverse, les enfants qui n’ont pas de mots pour décrire peuvent être moins à même de verbaliser de manière adéquate lorsqu’un abus se produit.

C’est mon corps !

Très jeune, je souhaitais que ma fille apprenne à prendre soin de son corps et comprenne que son corps lui appartient. Dès 2 ans, elle était en mesure de se laver seule. Je lui demandais « Souhaites-tu te laver toute seule ? » et dans la majeure partie du temps, elle répondait oui !

Au début, il est utile de nommer les différentes parties du corps à laver, les jambes, sous les bras, le ventre, le sexe, etc. Petit conseil, achetez des savons pousse mousse, plus faciles pour que l’enfant se serve du savon en toute autonomie. Prévoyez les éléments de toilette qui lui seront dédiés. Disposez-les à sa hauteur et à disposition pour se laver les mains, le visage, se coiffer, se brosser les dents.

Aujourd’hui, ma fille a 5 ans et se lave seule du début à la fin (sauf pour les cheveux), elle ferme même la porte et revient me voir une fois en pyjama. 


Apprendre à dire non et quand

Alors que les pré-adolescents peuvent commencer à comprendre des concepts abstraits comme le « consentement », les jeunes enfants peuvent saisir des mots plus simples. Par exemple, utilisez des phrases comme « c’est mon corps et mon espace » pour illustrer le sens.

Par ailleurs, n’hésitez pas à discuter avec les enfants dès l’âge de 2 ou 3 ans pour savoir qui est autorisé à voir ou à toucher leur corps et pour quelles raisons.

  • Les « touchers acceptables ». Il peut s’agir d’un parent qui les aide à aller aux toilettes. Un enseignant qui les aide à lacer leurs chaussures. Un ami qui leur fait un câlin ou un médecin qui les examine en présence d’un parent.
  • Les « contacts non acceptables » peuvent être lorsque quelqu’un les prenne dans ses bras ou les touche sans leur permission. Ou encore que quelqu’un demande à voir leurs parties intimes.
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Accompagner l’enfant dans ses interactions avec les autres

Certains enfants adorent les caresses et les câlins ! D’autres, notamment ceux qui sont sensibles au toucher, peuvent trouver ces formes d’affection physique inconfortables ou stressantes.

En grandissant et en bougeant, ils peuvent commencer à montrer de l’affection et de l’agressivité envers les autres. S’il est très mignon qu’un enfant veuille faire un câlin à un autre enfant, il se peut que l’autre enfant ne veuille pas de ce câlin. Dans ce cas, c’est à l’adulte d’intervenir et d’expliquer à celui qui souhaite faire le câlin : »Oh, je vois que cet enfant ne veut pas de câlin pour le moment. Si tu veux lui faire un câlin, tu peux lui demander ». Et de dire à l’autre enfant : « Je vois que tu ne veux pas être pris dans les bras pour l’instant. Tu peux dire à cet enfant : ‘Non merci, je n’ai pas envie de faire un câlin' ».

En effet, les jeunes enfants n’ont pas les mots pour dire cela. Nous les aidons en leur montrant les mots à dire.

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Faire un bisou n’est pas une règle

Il est très fréquent que j’entende un adulte insistant fortement pour que leur enfant fasse un bisou à quelqu’un qu’il ne veut pas. Qu’est-ce que cela apprend aux enfants ? Cela leur apprend que leur corps n’est pas sous leur contrôle et qu’ils doivent le céder à un adulte si on leur demande de le faire.

Il peut arriver que votre enfant ne veuille pas faire de bisou pour dire bonjour ou au revoir. Le plus simple est de lui expliquer qu’il peut DIRE « Bonjour » et « Au revoir ». Il peut ajouter un signe de la main s’il a envie. Ils ne seront pas impolis et n’ont pas à le faire pour faire plaisir.

Même si votre enfant a bien voulu faire un bisou à Mamie la semaine dernière, cela ne signifie pas qu’il en aura envie toutes les semaines. C’est pourquoi le consentement doit être renouvelé clairement à chaque fois.

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Il y a deux étapes pour le consentement

  • demander si la personne est d’accord
  • respecter la réponse

Quand je dis non, c’est non. Quand l’autre dit non, c’est non aussi.

De la même manière que les enfants ne doivent pas céder le contrôle de leur corps, ils doivent apprendre à utiliser le consentement avant de toucher les autres.

Respecter l’enfant comme un être à part entière

Certains d’entre vous trouvent irrespectueux que l’enfant ne veuille pas autoriser les membres de sa famille à le prendre dans leurs bras ou à l’embrasser. Mettez-vous à la place de votre enfant. Quelqu’un exige que vous lui fassiez un câlin ou un bisou ou que vous vous asseyiez sur ses genoux.  Accepteriez-vous de faire cela avec une personne avec laquelle vous n’êtes pas à l’aise ? Le feriez-vous juste pour faire plaisir à l’autre ? Quelle que soit la raison, vous ne voulez pas être affectueux. Pourquoi voudriez-vous forcer votre enfant à l’être ? Respectez son consentement est essentiel pour qu’il intègre cette notion.

Nous sommes tous d’accord pour dire que nous devons honorer et respecter le corps de l’enfant. Cependant, votre enfant ne vous laisse pas lui mettre de la crème solaire, ni lui essuyer le nez. C’est frustrant quand votre enfant ne vous laisse pas l’aider. Au lieu de le forcer, aidez le à faire seul : « Oui, c’est ton corps, voici un mouchoir en papier. S’il te plaît, essuie ton nez » ou « Peux-tu mettre la crème solaire sur tes jambes pendant que je la mets sur ton dos ? ».

Vous encouragez alors l’autonomie de votre enfant et lui apprenez à prendre soin de son corps.


Identifier les adultes de confiance

Enfin et surtout, demandez à votre enfant de nommer cinq personnes, membres de la famille et entourage adultes en qui il a confiance et qu’il voit souvent. Il peut s’agir d’un enseignant, d’un entraîneur, d’un médecin, de la maman d’un ami. Ce groupe d’adultes constitue son « réseau de sécurité ». Faites savoir à votre enfant que si jamais il se sent mal à l’aise, effrayé ou confus après une rencontre avec quelqu’un, il doit en parler à un adulte de son réseau de sécurité.

Apprenez aux enfants que s’il arrive quelque chose à leur corps qu’ils n’aiment pas, ce n’est pas de leur faute. De la même manière, ils n’auront pas d’ennuis s’ils le disent, même si quelqu’un leur dit que ce sera le cas.

Livres jeunesses pour apprendre à dire non et à parler de son corps


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6 Commentaires

  1. Un sujet essentiel à aborder avec les enfants. Je me suis toujours demandé comment faire comprendre à mes enfants que, oui, telle personne a le droit de les toucher (parce qu’elle est ATSEM et qu’elle aide à aller aux toilettes par exemple) mais que non, une autre personne n’a pas le droit de les toucher. Tout comme il est difficile d’expliquer, quand mon plus petit refuse les bisous de son frère, que ce n’est pas un manque d’amour, que chacun a le droit d’accepter ou refuser les bisous! Vraiment pas facile!

    1. Oh oui, je comprends ! Ma petite est très tactile et adore les câlins lorsqu’elle se sent à l’aise avec les gens. Il est parfois difficile pour elle de se voir refuser un bisou ou quand un autre enfant ne souhaite pas prendre sa main. Mais ce sont des belles opportunités pour aborder le sujet et qu’elle comprenne petit à petit que « Mon corps, c’est le mien », et que cette vérité est valable pour chaque individu.

  2. Bonjour!
    C’est un sujet tellement complexe à aborder avec les enfants ! La notion de qui peut faire tel ou tel geste à tel moment. C’est un apprentissage quotidien! Super article !

    1. Oui, il faut profiter de certaines interactions pour aborder le sujet. Souvent, on oublie ou bien on ne sait pas pour où commencer. Abordons le sujet tôt, abordons-le simplement !

  3. Sujet vraiment important ! J’ai du mal à faire comprendre mon point de vue à certaines personnes d’une autre génération, pour qui le refus de faire un bisou est un manque de politesse… Et j’ajouterai aussi les petits ébouriffages de cheveux et autres « signes d’affections » pour lesquels on ne demande pas son avis à l’enfant. Mais il ne nous viendrait pas à l’idée de faire la même chose à un adulte !

  4. Salut Amandine,

    Je pense qu’on a tous des souvenirs d’un bisou qu’on nous a forcé à faire. Dans le meilleur des cas c’était un bisou « sec » dans le pire…on nous a copieusement bavé dessus. Désolé, c’est un peu crade, mais c’est la triste vérité.

    C’est bien qu’aujourd’hui il y est des parents qui n’obligent pas les enfants à subir ça.

    a+

    Benoit

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