je suis fier de toi ma cherie
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Pourquoi je ne dis pas (trop) je suis fière de toi à mon enfant

« Je suis fier de toi ! » Combien de fois prononçons-nous cette phrase, dans des moments de plaisir devant la dernière réussite de notre enfant ? La preuve est que complimenter les enfants est une pratique tellement répandue qu’on ne la remarque plus, surtout avec les plus jeunes. Avec les meilleures intentions du monde, nous voulons faire savoir à nos enfants que nous sommes fiers d’eux. Cependant, quels messages nos enfants peuvent-ils réellement entendre ? Que perçoivent-ils lorsqu’un parent (ou un enseignant) leur dit « Je suis fier de toi » ?

Il y a quelques années, j’ai assisté à une conférence sur la parentalité pendant laquelle l’orateur a incidemment mentionné qu’il fallait éviter de dire trop souvent la phrase « Je suis fier de toi ». Avais-je déjà réfléchi à la signification de ces mots ? Qu’est-ce qui pourrait remplacer cette expression parentale si courante dans les pays occidentaux ? Et pourquoi devrais-je cesser d’utiliser (ou beaucoup moins) cette expression ?

Trois raisons pour lesquelles je ne dis pas souvent « Je suis fière de toi ».


1. A qui appartient la réussite ? (notre fierté est généralement liée à une réalisation).

Prenons la définition du mot « fier » comme suit : « éprouver du plaisir ou de la satisfaction à l’égard de quelque chose que l’on considère comme très honorable ou honorable pour soi-même ». Les mots clés (pour cette discussion) sont « honorable pour soi-même« . Ainsi, la notion de fierté est généralement liée à une réussite, une réalisation, une victoire et ressentie grâce aux efforts fournis. Donc, lorsqu’un parent dit : « Je suis si fier de toi », est-ce qu’il s’attribue le mérite des réalisations de son enfant ?

Prenons l’exemple suivant :

Le parent dit : « Je suis fier que tu n’aies eu que des A à ton bulletin scolaire/que tu aies gagné ce trophée de tennis ».

Comment vous sentiriez-vous en tant qu’enfant ? Pourriez-vous vous demander tranquillement : « Qui a fait des efforts pour obtenir une bonne note ? Qui s’est entraîné pour gagner ce match de tennis ? Tu pensais que je n’y arriverais pas ?  »

Personnellement, je préférerais entendre « Félicitations ! Tu dois être si fier de ce que tu as réalisé! » ou encore « Tu as fourni beaucoup d’efforts pour atteindre ce résultat avec ton équipe ».

Bien sûr, l’enfant peut se sentir très heureux d’entendre cette évaluation positive de ses efforts. Ce qui m’amène au point suivant.


2. « Je suis fier de toi  » est un jugement extérieur sur les réalisations de quelqu’un d’autre.

Qu’essayons-nous de dire ou de faire lorsque, innocemment et avec les meilleures intentions du monde, nous félicitons nos enfants en leur disant « Je suis fier de toi » ? Nous essayons probablement d’encourager nos enfants, et même de leur inculquer un sentiment de fierté pour leurs propres réalisations. Mais est-ce bien ce qui se passe ?

L’expression « Je suis fier de toi » peut être perçue comme un jugement externe, le verdict d’un parent sur les performances d’un enfant. En effet, l’enfant a suffisamment bien réussi pour que le parent sorte le mot « fier ». Mais ceci n’est pas un encouragement. Ce qui m’amène à la troisième raison pour laquelle j’évite de dire « je suis fière de toi » à mon enfant.


3. « Je suis fier de toi » attendu comme une récompense

N’avez-vous jamais entendu votre enfant vous demander « tu es fier de moi ? ». Par habitude et sur le long terme, l’enfant peut attendre cette phrase magique à ses oreilles comme récompense, comme validation. Or, la fierté de quelqu’un d’autre à votre égard ne se traduit pas toujours par une fierté de vous-même.

Demandons-nous ceci : Si un parent peut dire : « Je suis fier de toi », peut-il aussi dire le contraire : « Je suis déçu de toi » ?

Imaginez ceci :
Lisa, 5 ans, montre à sa maman une peinture qu’elle vient de faire. Elle lui dit : « C’est bien. Je suis si fière de ta peinture ! » Lisa décide de refaire la même peinture (pour la récompense des éloges, et non pour sa propre motivation intrinsèque), et regarde sa maman dans l’attente de son approbation. Cette fois-ci, elle reçoit un « c’est bien ». A la troisième peinture réalisée, la réponse de sa maman peut être très différente de la première. Maintenant, Lisa reçoit ce message de sa maman « Oh, Je suis déçue que ce soit encore le même tableau. Tu ne peux pas faire quelque chose de différent ? » Comment se sent Lisa ? Triste ? Confuse ? « Je suis nulle ? »

Par conséquent, les enfants peuvent devenir dépendants de l’évaluation de leurs résultats par leurs parents (et d’autres personnes, comme les enseignants ou les grands-parents). Par ailleurs, cela peut empêcher le développement de leur propre discipline intérieure et les rendre dépendants du jugement extérieur des autres.


Ces trois « alertes » se résument donc ainsi :

  • « Je suis fier de toi » s’apparente à s’approprier une réalisation qui n’est pas la nôtre.
  • Avec le temps, cette phrase encourage l’enfant à attendre un jugement extérieur, un verdict, une approbation.
  • Le risque est de devenir dépendant du jugement des autres et d’attendre une récompense.

3 alternatives à l’expression « Je suis fier de toi ».

1. Se concentrer sur l’action et non la personne

Tout d’abord, en décrivant l’action, le cours de l’action ou le résultat de ce que l’enfant a fait, vous montrez à votre enfant que vous avez pris le temps de regarder, écouter, observer.

  • Je vois des lapins gris qui courent, et j’aime le bleu que tu as utilisé pour le ciel.
  • Tu as mis un but dans la lucarne, quelle précision pour marquer !

2. Se concentrer sur l’émotion

Ensuite, essayons de remplacer le mot « fier » par une émotion.

  • J’aime te regarder dessiner.
  • Je suis heureuse de te voir danser.

3. Exprimer de la gratitude

Pour finir, au lieu de dire « je suis fier de toi », disons « merci pour ce concert, j’ai passé un très bon moment à t’écouter jouer du piano».

Et si vraiment vous débordez de joie et souhaitez exprimer notre amour inconditionnel : dites « Je t’aime ».


Comment développer la motivation intrinsèque ?

La motivation intrinsèque : histoire personnelle

Dans les années 70, un psychologue américain nommé Edward Deci décide d’étudier le principe de motivation. Son objectif est de comprendre ce qui motive une personne à agir avec enthousiasme, de son plein gré. Avant ceci, la majorité des psychologues s’étaient attardés au système bien connu de la motivation animée par une force extérieure : la récompense, la punition, la reconnaissance. Mais Edward voulait comprendre d’où venait la motivation naturelle, quand il n’y a aucune récompense à la clé : la motivation intrinsèque.

Cela m’amène à vous parler de moi et de la création du blog. Dans la nouvelle vie professionnelle, je me suis lancée un nouveau défi, sans bien savoir où cela me mènerait. Mais je me suis lancée quand même ! J’ai commencé une formation sur le blogging début 2022, j’ai trouvé le nom, créé le blog et commencé à écrire des articles. Je passais des heures et des heures à me questionner, à comprendre la partie technique d’un site, à réfléchir aux sujets à rédiger. A vrai dire, je me questionnais en permanence (et encore!) : qui va bien être intéressé par lire ce que j’écris ? Et si cela ne mène à rien ? Si le site bug ? Suis-je capable de tenir le rythme de 6 à 8 articles par mois ? Et quand je ne suis pas inspirée ? Et les frais de la formation et des outils à acquérir ?

Malgré tout, j’ai poursuivi mes efforts, sans me mettre trop de pression, j’ai appliqué la formation en méthode Ikéa, j’ai pris beaucoup de plaisir à créer du contenu mais aussi à créer un site que je trouve beau et agréable. J’ai aussi lié des contacts avec d’autres blogueurs, une nouvelle « famille » avec ses joies et ses difficultés similaires.

J’ai l’impression d’évoluer en tant qu’entrepreneur, en tant que maman, en tant que femme. J’étais et je suis animée par ce qui appelée la motivation intrinsèque ! Parfois je n’écris rien pendant 1 ou 2 semaines, je travaille sur d’autres sujets, je lis, j’améliore la technique. Et puis viennent les 3 ou 4 jours où l’inspiration m’envahit, je créé pendant des heures et des journées entières. Je ressens une gratification interne intense ! C’est magique comme sentiment 🙂

Ingrédient 1 : Le sentiment de lien

Dans son livre phénomène « Chasseur, cueilleur, parent« , Michaeleen Doucleff nous dévoile les 3 ingrédients de la motivation intrinsèque en commençant par le sentiment de lien. Ainsi, elle nous explique que se sentir lié à une équipe, à une famille, à autrui encourage à s’impliquer dans le quotidien, à mieux travailler, à fournir son aide. Accueillir les enfants dans la famille, les impliquer dans le quotidien, dans le monde des adultes favorise la coopération des enfants. Elle parle même de « carte de membre ».

« Plus l’enfant se sent relié à sa famille, plus il est désireux de contribuer aux tâches domestiques et aux objectifs communs. Donner à nos enfants leur carte de membre est une excellente façon d’établir ce lien ».

« Chasseur, cueilleur, parent« , Michaeleen Doucleff

Ingrédient 2 : Le sentiment d’autonomie

Lorsque nous n’obligeons pas un enfant à faire une tâche ou lorsque nous ne l’obligeons pas à continuer / finir lorsqu’il se lasse, nous respectons l’autonomie de l’enfant. Bien souvent, un enfant ne connaît pas la meilleure façon de faire quelque chose. Le parent a souvent le réflexe de l’arrêter, de lui dire non tu ne sais pas faire, ou de s’inquiéter. Tout ceci décourage l’enfant alors qu’il a le désir inné d’aider.

Prendre son temps, impliquer l’enfant dès tout petit dans les tâches du quotidien, lui proposer d’observer quand la tâche n’est pas encore adapté ou dangereuse, tout ceci favorise l’autonomie de votre enfant.

« Il faut leur apprendre lentement, petit à petit, et ils finissent par l’intégrer ».

« Chasseur, cueilleur, parent« , Michaeleen Doucleff

Ingrédient 3 : le sentiment de compétence

Afin de rester motivé, un enfant a besoin de se sentir suffisamment compétent. De l’autre côté, une tâche trop facile peut devenir lassante. Tout l’enjeu est de trouver une tâche suffisamment stimulante et intéressante et adaptée aux compétences de l’enfant. De là peut naître la motivation intrinsèque !

L’absence de compliment

Dans son livre, l’auteur relate ses expériences de voyage et d’observation au sein de multiples tribus. Elle s’attarde énormément sur la relation parent – enfant et sur les énormes différences d’éducation avec l’Occident. Par exemple, elle nous parle de la tribu Maya et de ces parents qui n’utilisent absolument pas les compliments : « Bravo », « Je suis fier de toi », « Magnifique »… Ces parents manifestent parfois leur approbation seulement par une expression faciale.

Elle observe ainsi que les compliments sont absents de tout ses voyages en dehors des Etats-Unis et se demande alors si les compliments ne sont pas source de conflits. Féliciter ses enfants pourrait entraîner des disputes au sein d’une fratrie.

« Des psychologues ont découvert qu’un jeune enfant qu’on félicite souvent apprend très tôt à entrer en compétition avec ses frères et soeurs pour obtenir l’approbation et l’attention de ses parents ».

« Chasseur, cueilleur, parent« , Michaeleen Doucleff

Selon l’auteur, cette absence de compliments pourrait expliquer quelque peu la bonne coopération observée au sein des fratries.

Pour conclure, il me faudrait plusieurs articles pour vous partager tous les concepts et observations de ce livre que je préconise de lire à tous les parents. Ce livre nous invite à repenser radicalement notre relation avec nos enfants. Journaliste et auteur, Michaleen Doucleff étaut aussi une maman dépassée, épuisée, à bout de souffle. Grâce à ses immersions avec sa fille dans les coins les plus reculés du monde, elle a pu testé de nombreux outils de parentalité de ces anciennes cultures avec sa fille. Un ouvrage inspirant, pratique et détaillé pour éduquer des êtres heureux !

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8 Commentaires

  1. C’est un point de vue intéressant. Personnellement, je lui dit presque tous les jours, le soir pendant le câlin avant d aller au lit. C’est donc décorrelé de toute réussite, car je comprends totalement le fond de cet article. Je l’associe par contre à d’autres moments en lui demandant si il se sent fier d avoir accompli quelque chose ou , surmonter une épreuve. Je lui explique aussi bien souvent que la seule chose qui compte c’est comment lui se ressent, s’observe (bon avec des mots d enfants hein 😅) mais il faut le guider et comment parler de la fierté sans montrer le chemin ? Même si le plus important est mon propre regard sur moi, j’aime parfois entendre ce compliment de quelqu’un d’autre, c’est une question de dosage. Mais cela donne matière à réflexion, alors un grand merci !

  2. Eh bien, je suis contente d’avoir lu cet article ! J’étais toujours gênée de dire « je suis fière de toi » car je sentais comme une incohérence. Donc j’avais raison au fond de moi :). Je prête toujours faire un son admiratif, une petite mélodie, avec un « wow » ensoleillé et souriant ! Merci pour cet article plein de sens !!

  3. Je suis d’accord, je trouve cela agréable à dire et à entendre. Je viens d’assister à un podcast où une personne témoignait et disait qu’elle aurait appréciée entendre plus souvent « je suis fière de toi » de ses parents.

  4. Je me suis déjà posée la question autour de cette expression. Mais je pense qu’elle a du sens selon les mots qu’on dit autour, le contexte, le regard, les gestes. C’est un tout.

  5. Très intéressant, merci Amandine pour cette analyse ! Dans la même veine, Alfred Adler recommande de ne pas dire « bravo » (manager à salarié, parent à enfant) pour cet aspect un peu trop condescendant. On peut parfois simplement remplacer par merci !

  6. Merci pour cet article très intéressant. Je n’avais jamais appréhendé cette expression sous cet angle là et ça fait réfléchir …🤔.

  7. Merci pour ce super article ! C’est vrai que des petites phrase anodines, et qu’on dit avec la meilleure intention du monde, ça n’a parfois pas du tout l’effet escompté !
    Moi ce que j’aime bien, c’est partir de la description de la réussite « tu as drôlement bien réussi à lire ce mot compliqué » et j’ajoute ensuite » TU peux être fier de toi ». Ca renvoie l’enfant à son jugement interne, et au ressenti qu’il est bon qu’il connecte pour pouvoir ensuite avoir envie de tenter de nouvelles expériences (le plus possible réussies) ensuite !… et le faire gagner en confiance en lui !

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